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3 Quelle spiritualité pour les athées ?

Ne pas croire en Dieu, ne pas avoir de religion, ce ne sont pas des raisons pour renoncer à toute vie spirituelle. Que l’on croie ou non à Dieu, au surnaturel ou au sacré, on n’en est pas moins confronté à l’infini, à l’éternité, à l’absolu et à soi-même. Nous sommes des êtres finis ouverts sur l’infini, des êtres éphémères ouverts sur l’éternité, des êtres relatifs ouverts sur l’absolu.Etre athée ce n’est pas nier l’existence de l’absolu : c’est nier que l’absolu soit Dieu.L’absolu est indicible mais il s’éprouve dans l’émerveillement de cette évidence : il y a quelque chose et non pas rien. Emerveillement que chacun a rencontré , au moins une fois dans sa vie, lors de la contemplation du ciel étoilé la nuit. Alors le mystère de l’absolu (du fait qu’il y ait de l’être) s’éprouve comme sentiment océanique : « s’éprouver UN avec le TOUT ». Expérience mystique, sans aucun doute, mais expérience mystique athée. Comte-Sponville décrit (p 166 et suivantes) sa propre expérience mystique, ce sentiment de bonheur qu’il y a à éprouver le sentiment d’éternité et rejoindre ainsi la certitude spinoziste : « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels », écrit Spinoza dans l’Ethique – non que nous le serons, après la mort, mais que nous le sommes, ici et maintenant. Révélation sans Dieu.Révélation incommunicable ? « Ce dont on ne peut parler, disait Wittgenstein, il faut le taire » ; à moins justement que le mystère de l’être ce soit son évidence (les évidences ne se communiquent pas, ni ne se disent car elles cesseraient d’être des évidences) Toujours Wittgenstein : « la solution de l’énigme, c’est qu’il n’y a pas d’énigme » ;Le mystère et l’évidence sont un, et c’est le monde.Au quotidien, c’est être un avec tout, et dans les moments, moins exceptionnels qu’on ne le supposerait, de plénitude (en faisant du sport, en écoutant Mozart, devant un paysage sublime, en aimant, en compagnie d’amis), où l’on cesse de désirer quoi que soit d’autre que ce qui est. Sagesse de l’immanence : nous ne sommes plus séparés du réel par les mots même qui nous servent à le dire ; nous sommes pleinement dans le présent. Nous ne connaissons ni le passé ni le futur, seulement le présent, l’éternel présent. Au total, qu’est-ce que la spiritualité ? C’est notre rapport fini à l’infini, éprouvé par notre expérience temporelle de l’éternité, voie d’accès relatif à l’absolu. Expérience temporelle qui ne se constate que dans le présent.Eternité du présent : présence de l’éternité, conclut Comte-Sponville. Il faut donc Vivre au présent. Et accepter ce qui est, tel qu’il est : il n’y a rien d’autre que l’ensemble de tout ce qui arrive : le monde, le réel. Et cela est au-delà du bien et du mal : « le bien et le mal n’existent pas dans la Nature »(Spinoza). La réalité se suffit à elle-même : elle est « parfaite » (toujours Spinoza : la réalité et la perfection sont une seule et même chose). Cette « perfection » du réel (il n’y a pas de double fond ; le réel est sans double comme dit Clément Rosset) ne conduit pas à nier les souffrances et les actes bons ou mauvais, ce qui serait absurde mais à les remettre à leur vraie place. Car il ne s’agit pas de dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Il s’agit de comprendre que tout va comme il va dans le seul monde réel, qui est le monde. La morale est relative aux hommes et non à l’absolu.