TITRE : La société ouvertes et ses ennemis

AUTEUR  : Popper Karl

DATE DE PARUTION : 1945

COMMENTAIRE : Très intéressant. 

L'objet de cet ouvrage est de défendre la liberté et la démocratie (la société ouverte) contre les systèmes totalitaires qu'ils soient philosophiques (Platon, Hegel, Marx) ou politiques notamment avec le communisme.

Livre relativement facile à lire et qui désacralyse Platon, Hegel et Marx. Il est tout à fait rafraichissant de voir bousculer la figure de Platon (son ouvrage politique principal Les Lois propose une société anti-démocratique) et de voir Hegel taxé de pseudo-philosophe (concepts creux et incompréhensibles). Marx s'en sort mieux et n'est pas totalement récusé : ses analyses du capitalisme de son temps étaient exactes, ou prometteuses (analyse de la formation de la plus-value) mais l'anticipation de ses conséquences, tirées du fonctionnement d'un capitalisme sans entrave à l'époque, étaient pour le moins hâtives. Les sociétés capitalistes (on dirait, aujourd'hui, libérales) se sont auto-régulées.

Le point commun de ces trois philosophies ou théories politiques c'est d'avoir formulé l'hypothèse de lois de l'histoire équivalentes de lois physiques.

Platon affirme que la loi de l'histoire de l'histoire est la dégénérescence, le réel étant une copie nécessairement imparfaite d'un monde Idéal et que seuls les meilleurs sont capables de diriger la Cité, étant les seuls à discerner ce monde Idéal. D'où l'idée d'une société hiérarchisé , anti-démocratique, totalitaire, gouverné par les meilleurs.

Hegel affirme que l'histoire a un sens et que rien n'arrive par hasard, car tout le réel est rationnel et tous les évènements historiques s'inscrivent dans des processus complètement déterminés par le dynamisme de la violence (dialectique du Maitre et de l'esclave), lequel est moteur du progrès, chaque étape étant la résolution positive du conflit (thèse/anti-thèse/synthèse). Cette rationalité conduit nécessairement à une fin de l'histoire... qui se termine par l'Etat prussien.Marx pense aussi que c'est le conflit qui est le moteur de l'histoire, et que le sens de l'histoire (son but ultime) c'est le bonheur de l'humanité. La lutte des classes est l'expression de ce conflit qui doit conduire le prolétariat a triomphé de l'exploitation de l'homme et par l'homme et réaliser (rendre réel) la fin de l'histoire et l'avènement du bonheur de l'humanité. 

Popper récuse formellement l'existence de lois de l'histoire. Non pas, ou pas exclusivement, parce que ces trois philosophies conduisent à des systèmes politiques totalitaires mais parce qu'il est invérifiable d'affirmer qu'il y ait des lois de l'histoire et que l'histoire ait une fin.

En outre, oeuvrer pour faciliter la fin de l'histoire, comme l'ont voulu les marxistes, et accélérer les transformations sociales pour hâter le bonheur de l'humanité est en contradiction avec les lois de l'histoire (qui en toute logique doivent conduire l'histoire à leur propre rythme sans intervention humaine) et conduit à la dictature de la classe appelée à finir l'histoire (la dictature du prolétariat) et à abolir les libertés et la démocratie.

Chaque évènement historique, bien sûr, a une ou des causes qu'il est parfois possible de déterminer avec plus ou moins de certitude. L'avenir, plus ou moins immédiat, peut être anticipé, mais il n'y a pas de cause finale qui aspirerait l'histoire; cette cause finale, si elle existait , n'est pas expérimentable !

Rien ne pré-détermine l'histoire à bien finir (la société communiste sans classes et sans conflit) ou à mal finir.

L'histoire évolue avec ses propres déterminations présentes : elle n'avance certes pas par hasard mais pas non plus en vue d'une fin cachée que la lecture des évènements passés nous ferait découvrir.

 La responsabilité des hommes est d'anticiper les conséquences des actions présentes dans la perspective de que ce que devrait être la société et des valeurs que nous souhaitons promouvoir et non pas nous inscrire dans une pseudo-réalisation d'une fin inéluctable de l'histoire. 

L'ouvrage a été écrit avant 1945, avant la connaissance du stalinisme: c'est dire la qualité des réflexions de Popper.

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