TITRE : Les sophistes       AUTEUR : Jacqueline de Romilly

DATE DE PARUTION : 2004

Appréciation générale : Clair, intéressant 


Les sophistes valent mieux que leur mauvaise réputation !

Et si Platon les a aussi violemment critiqués, c’est parce qu’il avait bien vu que leur philosophie n’était pas anodine.

Les sophistes arrivent au moment de la démocratie athénienne, période lors de laquelle est apparue la nécessité de bien parler en public, dans les assemblées et lors des procès. Il a été vite évident que pour l’emporter, lors des débats, la force de persuasion du discours tenait plus à l’émotion qu’il suscitait qu’à la vérité qu’il véhiculait. Et il suffisait d’être vraisemblable pour convaincre !

La raison n’y trouvait pas son compte. Si l’homme est la mesure de toutes choses (à chacun sa vérité), il n’y a plus de Vérité qui s’imposerait à chacun !

Il en découle un relativisme et un utilitarisme : la recherche du savoir n’est pas motivée par la recherche du vrai mais par ce qu’il me permet d’obtenir. Les sophistes étaient des professeurs (qui se faisaient payer, à l’opposé des philosophes) qui enseignaient l’art de réussir dans la vie, c’est-à-dire briller dans les assemblées, gagner ses procès et s’enrichir.

Ce relativisme a conduit à douter du juste ou de l’injuste en soi et à considérer que les lois de la cité résultaient de la convention et non d’un ordre  naturel (pas de société juste en soi) , ce qui ne veut pas dire que ce relativisme devait conduire à la tyrannie et à la violence.

C’est un point très intéressant de voir que le débat démocratique, pour les sophistes, devait conduire à la résolution des conflits et à la fraternité entre les hommes .

La philosophie sophiste n’aboutit pas, en effet, à un amoralisme même si le relativisme des valeurs est un risque permanent de voir le plus fort l’emporter par la séduction de son discours ( voir toute la problématique contemporaine sur les médias et les discours politiques).

Protagoras admet que la recherche du bonheur ne peut exister dans une société divisée et  seule la concorde entre les hommes le permet. Les citoyens doivent  décréter  ensemble ce qu’il faut faire ou  ne pas faire. Il en résulte que la loi s’impose à tous, même si elle entrave la liberté de chacun, si elle permet la concorde. Ce relativisme des valeurs ne conduit donc pas non plus à l’anarchie.

La forme individuelle de la concorde est la paix intérieure et, dans les relations à autrui, s’exprime dans l’amitié ; sa forme collective est dans la recherche de la solidarité, entendue comme une morale pragmatique (je donne parce que je reçois). La concorde est également à promouvoir entre les nations mais, pour les sophistes grecs, cette proposition ne concernait pas les Barbares !

La recherche de la meilleure Constitution politique (thème présent chez Platon et Aristote aussi) montre bien que pour les sophistes l’utile était conçu sous son meilleur angle; l’objectif final pour l’homme était le bonheur dans une société solidaire en paix.

Nous sommes donc loin de la caricature que l’histoire a léguée. Mais certains sophistes ont trop privilégié la réussite personnelle et la recherche du gain ; l’art de la dispute et des effets du discours pour lui-même, au détriment des véritables buts de l’homme, n’ont pas peu contribué à leur mauvaise réputation.

A certains égards nos sociétés démocratiques ne sont pas très éloignées de la démarche des sophistes, les bons comme les mauvais, d’ailleurs.

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