Texte de présentation  de la conférence du 28 novembre 2019 : Approches de l’œuvre d’art

      Pour identifier et connaître, on aimerait disposer d’un point d’appui assez fiable pour obtenir en retour une connaissance assez claire. Mais les fruits de ce qu’on appelle Beaux-arts ne semblent aucunement obéir à cette exigence, et nous lancer plutôt un défi : par leur variété, (il n’existe pas un art mais des arts et des beaux arts) ; par leur statut mixte à égale distance du percept et du concept (l’œuvre d’art sensible revendique le bonheur de ce qui paraît ─ et nous pousse à traverser le miroir des apparences) ; par leur capacité enfin d’inclure dans un seul mode tous les autres modes de la pensée.

      L’analyse de l’art devient ainsi hautement problématique, à moins de d’admettre un nécessaire pluralisme,

  • soit en travaillant à partir de la pluralité indépassable des valeurs comme l’a bien vu Louis Lavelle dans son remarquable Traité des valeurs (le Beau n’est ni le Bien ni le Vrai, ni autre chose qu’eux !),
  • soit en soulignant la transduction qu’effectue la pensée esthétique dans son lien avec les autres phases de la pensée, comme le fait Gilbert Simondon,
  • soit -plus proche de nous- comme Olivier Quintyn dans sa préface au livre de Jean Pierre Cometti La Force d’un malentendu (2009), abordant l’œuvre d’art comme hybridation et implémentation : l’art fabrique des mondes au moyen de déplacements qui décalent nos représentations par rapport aux cadres de référence au sein desquels elles ont usuellement cours.

      L’œuvre d’art n’est donc jamais, comme le souligne bien le musicologue Boris de Schloezer, un tout fermé dont le sens serait à chercher dans sa seule composition. Et pourtant, c’est seulement à partir d’elle qu’on peut, sinon savoir, du moins apprendre ce qu’elle nous dit.

      Dans ces approches de l’œuvre d’art nous chercherons à vérifier, à l’aide de plusieurs exemples plastiques et musicaux, ce que Th. W. Adorno affirmait à propos du compositeur Gustav Mahler : « Il recueille pour le compte de l’œuvre autonome tout ce qui est hétéronome, tout ce qui est déposé. »

Philippe Joubert
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