Quelques réflexions

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il y a 3 mois 3 semaines - il y a 3 mois 3 semaines #408 par snphi
Flaubert. Un cœur simple a été créé par snphi
Un de nos adhérents nous communique : Quelques réflexions sur Un Cœur simple, 1877 de Gustave Flaubert
Tout d’abord merci à D. de nous avoir mis sur la piste de ce texte bien connu , que l’on a souvent appris au collège (c’est mon cas), mais que l’on comprend souvent comme un modèle de morale et d’abnégation.
Ce texte pourrait s’inscrire dans l’abondante production de la littérature morale qui foisonne avec la IIIème République, autant sous forme de manuels de lecture (Le Tour de France de deux enfants de Bruno) que de récits romanesques comme Bons cœurs et braves gens de Maxime Ducamp (ami de Flaubert) ou Les Contes et récits de P.J Stahl, ou plus connus les romans de la Contesse de Ségur.
Cependant mon idée, c’est que sous la plume de Flaubert, ce genre de littérature édifiante devient tout autre chose : l’aspect moral est certes très présent mais il est inséparable d’une lecture politique de l’exploitation sociale qui sévit dans certaines familles bourgeoises de Pont L’Évêque.
Je suis arrivé à cette lecture en partant de deux présupposés :
1° la lecture littérale du titre de l’œuvre : un cœur simple signifiant une figure de la générosité (le cœur) : une générosité absolue, en acte mais impensée, non-réflexive, d’autre part, une figure de la simplicité, c’est-à-dire d’une personne spontanée, sans arrière pensée, centrée sur la conscience de la vie (« la pulsion de vie » de Freud).
2° mon deuxième présupposé est de nature littéraire : à savoir que ce texte est extrêmement riche et que l’on peut l’interpréter à l’infini.
Il en découle selon moi que l’on peut dégager 3 pistes d’analyse :
a) une lecture politique de l’exploitation de la simplicité (comment Félicité est exploitée par Mme Aubain, mais aussi par d’autres)
b) un effort pour comprendre l’intériorité de ce « cœur » (le comportement et le caractère de Félicité)
c) un effort pour comprendre les supports de la « simplicité » (le fonctionnement global des rapports sociaux au sein de cet environnement).

Je vois les choses à peu près de la façon suivante :
L’expression de la simplicité repose sur trois éléments indissociables :
- un cadre spirituel et moral extrêmement puissant – « co-naturel » (comme dit Erik) : je crois que c’est le logiciel idéologique de Félicité
- une construction imaginaire en grande partie inconsciente qui s’auto-alimente sur ce fond spirituel et moral, mais pas seulement.
- un parcours d’expériences relationnelles à partir duquel Félicité exprime sa bonté et sa simplicité ; cela va de son enfance jusqu’au perroquet.
Quand au caractère de Félicité, ce qui contribue à l’authenticité de son personnage c’est sa puissance d’agir quoiqu’il arrive, sa capacité de résilience, sa volonté irréfléchie de surmonter les situations de la vie, mais en même temps, sa fragilité, ses faiblesses et toutes les émotions qu’elle contient.
En fait, ce qui me trouble dans ce texte, c’est le décalage entre l’action déterminée qui va jusqu’au don de soi et la place insignifiante de la réflexion. Les moments éthiques sont rares. Le plus souvent Félicité me paraît plus agie qu’agissante. Comme dit Flaubert au début : elle n’a pas d’âge : « toujours silencieuse, la taille droite et les gestes mesurés, semblait une femme en bois, fonctionnant d’une manière automatique. »
Et pourtant…
Voilà mes réflexions mais je ne veux pas abuser. Je veux remercier D. et tous les ami(e)s de leur apport contradictoire.
Dernière édition: il y a 3 mois 3 semaines par snphi.

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