Covid 19 : Traits permanents du politique. Illustrations

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il y a 2 mois 3 semaines - il y a 2 mois 3 semaines #14 par Le Sciellour C
Covid 19 : Traits permanents du politique. Illustrations


Une menace lointaine, comme une tempête de sable vaguement perçue à l’horizon ; puis comme l’orage qui s’annonce avec quelques gouttes, la pluie devient battante ; s’en suit la foudre, les éclairs puis l’incrédulité, la stupéfaction, l’impuissance devant les dégâts.

La menace était lointaine : c’était la Chine : il n’y avait aucune raison que cela nous concerne. Comment, des restrictions de liberté ? des assignations de résidence. Il fallait être Chinois pour accepter cela ! Seul un pays autoritaire pouvait contraindre un peuple à accepter cela.

Le danger s’est précisé avec l’interruption des voyages en avion entre la Wuhan et Paris. Il suffisait de mettre en quarantaine, plutôt en quatorzaine, quelques ressortissants français en Savoie ou dans le Calvados pour interrompre la chaîne de contamination. La suite est connue : des milliers de personnes hospitalisés, des milliers de décès, le confinement total de toute la population pendant 2 mois, restrictions sévères d’aller et venir, toute l’organisation sociale centrée sur la maîtrise des chaines de contamination (masques, tests, distanciation entre personnes,) et le retour à une vie sociale habituelle très progressive.

Quels enseignements, quelles pistes de réflexion suggère cette crise ? Elle a révélé, en un raccourci saisissant, les traits saillants de tout réponse politique. En voici quelques-uns :

- La difficulté fondamentale d’une société (gouvernants et gouvernés) c’est l’anticipation et de détecter, dans le présent, les paramètres déterminants de l’avenir :

Illustrée par l’impréparation réelle : manque de masques, de respirateurs, de tests qui a été précédée de l’impréparation mentale : la crise à venir a été perçue mais pas prise en compte. Elle a surpris tout le monde, elle a même été niée. Ce n'est pas nouveau.

- La difficulté de la réponse stratégique : la santé ou l’économie ?

Choix antinomique. Privilégier la santé (et le soin des malades) parait une réponse évidente mais quelques pays (minoritaires en nombre) ne l’ont pas choisi. Pourquoi ? Les précédentes épidémies n’avaient pas suscité, me semble-t-il, ce choix stratégique. Pourquoi : par respect pour nos valeurs ou par la certitude qu’un remède ou un vaccin serait trouvé rapidement ; que la remise en route de l’économie serait aussi simple que son arrêt ?

Le choix sera toujours mauvais, quelle que soit la place du curseur entre ces options. Un chemin de crête s’impose, toujours critiquable. Désormais la préférence pour l’économie devient de plus en plus évidente : mourir économiquement n’est du gout de personne.

- Les réponses à une crise sans vraie solution médicale

La réponse majoritaire, c’est au fond celle que connaît l’humanité depuis la nuit des temps qui s’est imposée : en l’absence de remèdes ou de vaccin il faut échapper au virus en se confinant, en s’écartant des autres, en refusant les gestes amicaux (se serrer la main, s’embrasser), en se déshumanisant. Quelques pays n’ont pas suivi cette option en assumant les risques ou en niant leur réalité.

- Le discours politique (gouvernants et opposants ; journalistes, experts, citoyens)

Toute action politique est racontée ; en situation de crise, comme en situation ordinaire, il faut un récit.

Pour les gouvernants ce n’est pas la recherche de la vérité qui prime mais l’invention permanente d’un récit pour donner du sens ou expliquer la réalité ou ...la cacher (masques pour le public inutiles puis indispensables) ; cela fait sans doute partie de l’art de gouverner.

Pour les opposants, c’est d’être en embuscade pour reprendre la main : ni trop tôt (ce serait contre-productif), ni trop tard (ne pas se laisser distancer) ; l’objectif n’est surtout pas d’aider à la solution des problèmes mais à les exacerber ; ce qui n’empêche pas la sincérité de certains acteurs.

Pour les commentateurs, c’est la routine, en plus haletant : les experts se contredisent, les journalistes (il y en a d’excellents) qui souvent préfèrent les mauvaises nouvelles (plus excitantes pour chacun d’entre nous) que les bonnes (vraiment ennuyeuses) ; à défaut relaient les rumeurs sans trop les vérifier ; les opposants politiques cherchent les failles et les boucs-émissaires (la mondialisation, le capitalisme, les atteintes à l’environnement).

- Le citoyen

Essaie de trouver par médias interposés (journaux, internet et réseaux sociaux, discours officiel) la bonne conduite à tenir et la bonne appréciation de la situation.

In fine c’est chaque citoyen qui s’est décidé à respecter le confinement et les différentes interdictions par soumission aux règles, par peur ou par sens des responsabilités. La crise a plus marqué qu’en temps ordinaire ces impératifs, indissociables. Bien malin est celui qui est capable de les pondérer.
Dernière édition: il y a 2 mois 3 semaines par Le Sciellour C.
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